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L'Homme Humain - LHHOM

Lettre ouverte à Mr Luc Ferry

25 Avril 2016, 20:55pm

Publié par Laurent

Lettre ouverte à Mr Luc Ferry

Monsieur Luc Ferry

Le 11 avril 2016

Monsieur,

Nous pouvons appréhender à la lecture de votre ouvrage la complexité du transhumanisme et ses multi-répercussions dans notre monde mondialisé mais aussi dans notre vie intime d’individu.

Vous indiquez, dans l’introduction, que le transhumanisme n’est pas un sujet «simpliste», pourtant votre ouvrage apporte un éclairage réel et équilibré sur le sujet et permet, je crois, à chacun de pouvoir débuter sa réflexion sur l’orientation que donnera ou donne, déjà, le transhumanisme à notre société et au-delà à notre monde. Nous sommes tous concernés par le transhumanisme et c’est là une des richesses de votre livre.

Vous abordez dans votre ouvrage la notion de liberté que recherche l’être humain : l’affranchissement des dieux, de la nature, de l’autorité sociétale. Pour moi la liberté, c’est pouvoir exprimer une opinion, une conviction sans vouloir l’imposer. Hors, je crois que le transhumanisme nous ôte justement cette liberté. Comme vous l’indiquez justement, le transhumanisme est le « graal » de ce monde hyper-capitaliste qui nous rangera définitivement dans la catégorie « objet matériel » et nous vendra, à prix exorbitant, des « pièces détachées » de notre corps. Nous sommes promus à devenir de simples objets marchands.

Le transhumanisme est bien une idéologie de domination, totalement inégalitaire et partisane de la performance à la seule fin du profit. Cette idéologie doit être dénoncée et combattue tout comme le concept crée à cet effet : La singularité. La singularité transhumaniste c’est « ne pas savoir où l’on va mais y aller résolument à grands coups de milliards ». La grande habileté des partisans de cette idéologie transhumaniste est de créer un puissant rideau de fumée opaque en indiquant que les avancées technologiques et scientifiques pourront nous guérir de la souffrance, de la maladie et même de la mort ! Face à ces perspectives radieuses, il est difficile à chacun de les contester. Mais nous devons séparer « le bon grain de l’ivraie », et c’est ici que j’espérais une position plus ferme de votre ouvrage.

Effectivement, cette séparation est difficile car ces avancées sont tellement imbriquées qu’un remède peut devenir un poison. Malgré ces difficultés, nous ne pouvons laisser faire car il s’agit du devenir de notre humanité !

Les partisans de l’idéologie transhumaniste non pas seulement une longueur d’avance sur nous ou sur nos Etats, ils ont des années lumières d’avance car pendant que nous prenons connaissance de ce sujet, de cette orientation, eux sont déjà dans la réalisation. Pendant que nous allons alimenter le débat, réunir des « commissions », eux vont nous proposer concrètement de nous rendre mieux résistant aux maladies, de faire marcher celui qui était immobile. Je ne crois pas du tout que « la politique » puisse prendre la mesure de l’importance de l’enjeu, nous avons comme exemple le vide sidéral de ces conférences sur le climat. Nous devons nous adresser directement aux citoyens.

Vous indiquez que nous ne pourrons pas arrêter cette idéologie et vous posez la question « Ne faut-il pas sur ces sujets compter sur la sagesse des individus ? » Cette phrase alimente ma réflexion et je vous pose la question « Comment les individus peuvent-ils acquérir cette sagesse ? »

Comment pouvons-nous connaître la sagesse alors que nous sommes éblouis, aveuglés même, par ces industries marchandes à grands renforts de slogans et d’images de consommation ? L’intérêt de ces sociétés californiennes n’est pas notre bien-être, c’est le profit et s’ils investissement massivement dans le secteur médical c’est qu’ils voient là un avenir de résultats sonnants et trébuchants. Le transhumanisme, c’est la fin d’une communauté scientifique universelle au service de tous. Le « juste utile » est la réponse humaine à ces marchands passés du parvis au chœur du temple.

Exprimer cette opinion, c’est me classer dans les anti-transhumanistes. Ne pas adhérer à cette idéologie, ce n’est pas vouer un culte à « l’ancien temps ». Un progrès partagé peut nous permettre de vivre en meilleure harmonie avec nous-même et avec la nature qui nous entoure. Je crois que le progrès pourrait résoudre la faim et la soif dans le monde, je crois que le progrès pourrait résoudre les inégalités et les pénibilités.

Nous vivons, comme vous l’indiquez, à cet instant, cette troisième « révolution », une croisée principielle de notre histoire. Vous écrivez que lors de la deuxième « révolution », la mondialisation, « l’histoire perd le sens ». Nous sommes maintenant, conscients de cette perte, nous pouvons donc choisir et décider de notre futur mais nous sommes nus devant ces marchands de bonheur aux moyens démesurés. Sur la notion de bonheur, vous indiquez qu’il est éphémère et que sa meilleure définition est le contraire du malheur. Je partage votre point de vue mais je me permets d’ajouter qu’une fois que nous avons connaissance du caractère éphémère des évènements, nous pouvons les accepter, et une fois cette acceptation effective nous sommes alors en harmonie avec nous mais aussi avec le monde qui nous entoure.

Vous préconisez « la régulation, des limites nuancées », je pense que cette proposition ne pourra intervenir qu’une fois que nous aurons combler notre retard d’information sur ce sujet. Votre livre contribue à réduire ce déficit mais d’autres actions efficaces doivent être mises en œuvre pour alimenter ce débat et donner la possibilité à chacun de choisir « librement » non seulement son destin mais la devenir de notre monde. Car c’est bien de cela dont il s’agit tout comme de notre responsabilité devant nos enfants.

Je vous invite à signer la pétition que j’ai mis en ligne depuis quelques jours intitulée « Transhumanisme : Je ne veux pas être dominé par une intelligence artificielle. ». Je vous remercie par avance de votre contribution.

J’espère que vous répondrez à mon interrogation. Je reste à votre entière disposition pour échanger sur le sujet et vous prie de croire, Monsieur, à mes respectueuses salutations.

Laurent

etenduehumaine@gmail.com

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